Smells like the nineties
Favorite melody : Punchdrunk lovesick singalong, My iron lung EPEst-ce le fait d’avoir parcouru ces rues sans âge sous une pluie battante ? De m’être laissée happer par le quartier où je rêve ma vie depuis trois ans ? D’avoir laissé la rue Laferrière s’enrouler autour de moi comme une chaude couverture, m’isolant sciemment du reste du monde? Toujours est-il que je situe précisément le début de cet automne à vendredi soir, 19h52. En même temps qu’un flot de pensées mélancoliques me submergeait, je me suis mise à penser en boucle à une chanson de Radiohead, découverte récemment, Punchdrunk lovesick singalong. Fâchée avec le groupe depuis Kid A, je ne parviens plus à écouter Ok Computer, bande-originale de mes tristes vingt ans, sans être saisie d’un violent malaise. Seul The Bends tourne encore de temps à autres sur ma platine. Je n’avais jamais vraiment considéré l’EP My Iron Lung jusqu’à ce qu’il atterrisse dans un bac de soldes du Virgin Grands boulevards, le mois dernier. Je l’ai acheté presque machinalement, l’oubliant sur ma table de nuit pendant les trois semaines qui ont suivi.
Peut-être était-ce la peur d’y croiser de vieux démons, de sentir d’anciens chagrins remonter en surface comme lorsque j’entends les premières mesures de Subterranean Homesick Alien… en tout cas, j’avais raison de me méfier de cette pochette floue et bleuâtre. Sans réveiller des douleurs passées, Punchdrunk lovesick singalong, jamais entendu auparavant, ou bien enfoui au fond de mon subconscient, a éveillé en moi un sentiment de nostalgie tout à fait nouveau : celui de mon adolescence. Huit notes aiguës lâchées dans le vide laissé par Lewis (mistreated), que viennent soutenir une mélodie élégante et mélancolique, enfin rejointes par la voix fragile, mais encore pleine et posée, de Thom Yorke…et des souvenirs de choses ressenties, et non de faits tangibles, ont refait surface, tandis que je les gardais au fond des eaux troubles de ma mémoire depuis des années. La solitude d’enfant unique, laissé par ses aînés dans la grande maison vide ; ces plaintes secrètes et désespérées adressées, chaque soir, à l’âme sœur rêvée quand ma mère pensait que je faisais sagement mes prières ; cette peur de l’inconnu qui me fit m’attarder un peu plus longtemps que les autres dans cette enfance aussi solaire que mon adolescence fut terne… je n’aurais jamais cru éprouver de la nostalgie pour une période aussi triste. Cela tient sans doute au fait que les rêves que je nourrissais alors, et qui entretemps se sont réalisés, sont en train de s’effondrer un à un - peut-être pour mieux renaître après, mais comment en être sûre ?
Je voudrais m’endormir et revenir au temps où je me contentais de les rêver…que toute cette tristesse s’en aille avec les torrents de pluie qui dévalaient, vendredi soir, les pentes du Faubourg Montmartre. Et que le garçon de mes rêves me réchauffe contre lui en attendant que je m’éveille à nouveau.
I wrapped you inside my coat…





